BIXI: à tout prix?
BIXI: à tout prix?
BIXI diffuse de la publicité dans des quartiers résidentiels qui en étaient épargnés. Le paysage urbain se dégrade.
Ces nouveaux emplacements publicitaires sont apparus dans des rues qui étaient encore vierges de pub. Y a-t-il eu consultation? C’est désolant. Certains parlent de pollution visuelle.
Je dois tout de suite dire que je suis le premier admirateur de l’initiative : les vélos en libre-service communiquent un message important sur le mieux vivre en ville. Le succès de BIXI à Montréal et à l'international est louable! C’est un des projets les plus rassembleurs que la Ville a connu depuis longtemps. Et BIXI est chargé de sens. On se l’imagine silencieux, non polluant, communautaire et avec certains élans de solidarité lorsqu’au feu vert! Et c’est tant mieux parce qu’on le retrouve presque partout.
Que la plateforme qui l’a supporte soit associée à des valeurs si positives ne peut faire autrement que d’éveiller un sentiment de gêne par rapport à la publicité.
La couverture géographique du BIXI est l’atout principal du service. Mais c’est aussi en train de devenir un obstacle à son acceptation. La publicité dérange au plan visuel. On y trouve des publicités déconnectées de la réalité locale et qui est en contradiction avec l’esprit de la marque BIXI: jeans sexy ou de bière rafraichissante devant une garderie! Ce n’est pas mon idée de la communication durable!
J’ai d’autant plus remarqué la publicité cette année que j’étais heureux de revoir les vélos BIXI dans mon quartier. Ça choque, surtout au printemps alors que l’on n’a pas vu les stations de location de vélos depuis quelques mois. Il faut croire qu’on s’habitue avec le temps! Et c’est justement ce qu’il y a lieu de critiquer.
C’est face aux bornes BIXI situées au Parc Outremont que je me suis dit qu’il serait intéressant d’ouvrir le débat. Un des plus beaux parcs en ville vient de perdre un peu de son charme (photo).
C’est une intrusion que je trouve inacceptable dans des quartiers où vivent de jeunes familles. J’ai peut-être une nostalgie de banlieusard, mais pour moi l’enfance est plus douce dans un milieu exempt de sollicitation commerciale si évidente. On pourra rétorquer que la publicité existe et qu’elle répond à un besoin de financement. Accessoirement, c’est aussi un creuset de créativité! On pourra aussi dire que les enfants en sont les témoins en très jeune âge et qu’ils devront bien faire face à la musique un jour ou l’autre! Certes, mais je prétends encore à l’innocence et à l’importance de la magie chez l’enfant. Le Père Noël doit être raconté par papa; pas par Bell Canada!
Tout dépend de la valeur que l’on accorde à sa quiétude visuelle bien entendu. Personnellement, je suis content de ne pas me faire bombarder de messages publicitaires devant chez moi. Si j’avais des enfants, je serais d’autant plus heureux de ne pas avoir à me demander quelle pin-up serait dans notre champ de vision en ouvrant les rideaux. Entrer dans le monde des marques doit se faire avec une certaine maturité.
La Société qui gère les BIXI, a essuyé un déficit de 5,5 millions en 2009 pour sa première année d'activité. Au total, Stationnement de Montréal doit composer avec une dette de plus de 30 millions de dollars. Elle compte bien entendu engranger cet été. BIXI possède environ 300 bornes.
Voilà une occasion pour les annonceurs et pour Stationnement de Montréal qui pourra équilibrer son budget si les arrondissements sont encore intéressés à déployer ces panneaux. Selon certains, les 15 millions d’investissements seront renfloués avec les revenus publicitaires étalés sur 5 ans. Sur le plan de visibilité média c’est en or! C’est Astral Média qui exploite ces espaces.
Les bonnes idées coûtent cher! C’est tant mieux, mais il ne faut pas les dénaturer. Est-ce que BIXI a prévu une porte de sortie? Sera-t-il possible d’éliminer la publicité dans quelques années? On serait probablement plus tolérants si l’on savait que la publicité actuelle était un mal pour un bien; qu’elle ne serait plus étalée en zone résidentielle sur des rues sans caractère commercial.
vendredi 4 juin 2010
DROITS DE REPRODUCTION ET DE DIFFUSION RÉSERVÉS; © Mathieu Régnier - Conseil
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